Goûter sur l'herbe

 Goûter sur l'herbe

50 P

2250€


GOÛTER SUR L'HERBE

Imagine à quoi demain pourrait ressembler. Un humain, allongé sur une herbe dénaturée.

Son corps augmenté, modifié s'installe dans une pause de repos relatif. Pourtant, ses jambes trahissent cette apparente sérénité. Elles s'entortillent dans les contradictions et les intérêts contraires des hommes indécis et inconséquents. Elles forment une spirale qui vrille et se perd semblable à un ADN, objet des délires des chercheurs d'éternité.

Entre ses doigts, l'être tient une grenade aux grains innombrables. Il semblerait que l'humanité tient dans ce fruit dont la peau étrangement bleue rappelle notre humble appartenance au macrocosme. Faut-il y voir un signe du changement de l'Univers et de la remise en cause de l'homme dans cet environnement qui lui échappe, à force de vouloir trop le maîtriser.

Les drones remplacent les insectes. Lavette ne butine plus, la technologie s'en charge à sa place. Le bruit métallique de leur mécanique remplit l'atmosphère. Les oiseaux ne sont plus vraiment des oiseaux. Ils sont autant d'âmes qui s'égarent, volant d'ici et de là, dans l'air vicié à l'azur souillé. Où allez-vous, hérissons, libellules, abeilles ... ? Vers l'extinction programmée par l'irresponsabilité d'une espèce animale dite supérieure. Vous voilà de trop dans un monde où règne le monopole de la vie.

La flore se pare des couleurs chimiques que lui impose l'agriculture moderne, celle d'un productivisme déraisonné. Humain Trans-humanisé, tu pactises avec tes peurs de la finitude. Ta recherche de l'infini t'isole d'un monde qui t'a vu naître. Tes frères vivants, animaux, végétaux, minéraux, co-crées avec toi sont ton harmonie mais tu les négliges.

Tes sens électroniques, ma belle alanguie sur le sol synthétique te relie à ton monde fabriqué. La Providence n'y a plus sa place. Tout est désormais sous contrôle de l'homme devenu Dieu créateur. Fi des lois naturelles, vive les lois de la consommation à outrance et de la surenchère technologique.

Pauvre créature d'un futur hypothétique mais si prévisible. Trouveras-tu le bonheur dans l'artificiel ? Je crains qu'il soit bien superficiel.

Mais, peut-être est-il encore temps de retrouver la symbiose avec la nature. Si cela pouvait être le cas, alors accorde lui ton Amour sans réserve. Mon alter ego de demain, apprend à la connaître et à la respecter. Cela serait préférable à sa néfaste modification pour nourrir un égoïsme mortifère.

M. Audigane